30 Mai 2016

Pour en finir avec le statu quo

Il y a urgence de mettre fin au statu quo

Le paysage politique québécois est bloqué. Nous sommes gouvernés par un Parti libéral qui malgré ses ratés systématiques sur tous les plans, a la quasi assurance d’être réélu, d’élection en élection.  Les Québécois semblent malheureusement devoir se résigner au maintien de ce statu quo inacceptable, pour longtemps, possiblement très longtemps.  Pendant ce temps, les problèmes du Québec ne se règlent pas.  Les changements, qui permettraient au Québec de mieux relever les défis qu’il a à affronter, n’arrivent pas. Ils ne sont pas dans les cartons du Parti libéral, ni maintenant, ni jamais.

Cette situation découle de la fragmentation de l’opposition au Parti libéral, et cette fragmentation elle-même résulte en grande partie de notre incapacité collective à régler la question nationale.

Car parmi les insatisfaits du statu quo, il y a deux grands camps.  Il y tout d’abord le camp des indépendantistes, dont nous sommes, qui croient que le Québec doit devenir un pays.  Le camp indépendantiste est lui-même constitué de plusieurs partis politiques ayant leurs propres spécificités. Et il y a camp des nationalistes, insatisfaits du statu quo et du Parti libéral, mais aujourd’hui peu enclins à appuyer l'idée d'indépendance. Ces deux camps se parlent peu ou pas, et leur incapacité à établir une jonction assure le maintien du monopole libéral.  Enfin, et ce n’est pas anodin, le non règlement de la question nationale fait l’affaire du Parti libéral et des forces du statu quo : ils gouvernent grâce à l'épouvantail référendaire, alors pourquoi changer les conditions permettant à ce statu quo de durer?

Lors de la campagne électorale de 2014, le simple spectre référendaire et l’incapacité du Parti québécois à préciser ses intentions à cet égard auront suffi à reporter le Parti libéral au pouvoir. C’est ainsi que selon les estimations de la sociologue Claire Durand, avec 41,5% des voix exprimées, dont celles de seulement 29% des francophones, mais de 93% des non francophones, le Parti libéral est redevenu majoritaire à l’Assemblée nationale, pour un total de 13 années et demi de gouvernance en 15 ans.  Dit autrement, 71% des francophones du Québec ont perdu leurs élections en 2014, 71% des francophones ne voulaient pas du Parti libéral, 71% des francophones ne veulent plus du statu quo, et pourtant, la réalité, c’est qu’il ne semble pas y avoir d’issue pour ces 71% de francophones.

À l’examen de ces données, force est d’admettre que la question nationale induit une distorsion importante dans notre système électoral, à laquelle il est urgent de remédier. Le statu quo est inacceptable. Il faut régler l’enjeu une fois pour toute. De toute évidence, pour que nous nous en sortions, il faut une démarche différente de celles du passé, il faut de l’audace. Sans audace, la majorité des Québécois ne reprendront pas le contrôle de leur État national et de leur destinée.

Au final, il faut que l’ensemble des Québécois puissent gagner, quelle que soit leur langue et leur allégeance politique; qu’ils soient fédéralistes, nationalistes ou indépendantistes. Pour en finir avec le statu quo, il faut donc une démarche claire, un engagement ferme, une approche inclusive. C’est ce que nous proposons.

Que veulent les Québécois? Selon les sondages, ils se classent en trois groupes. Tout d’abord, en premier, il y a les plus nombreux, ceux qui souhaitent toujours une nouvelle entente avec le Canada. En deuxième, mais avec des appuis tout de même substantiels, viennent les indépendantistes.  Enfin, en troisième, et loin derrière, il y a ceux qui préfèrent la situation actuelle, le statu quo. Dans la plupart de ces sondages, ce sont près de 3 Québécois sur 4 qui rejettent donc le statu quo. Il faut tabler là-dessus pour se réunir et briser le monopole libéral, une fois pour toutes. Pour y parvenir, il faut faire la jonction entre les indépendantistes et les nationalistes. Or, faire la jonction, cela impose de présenter un projet, une démarche, qui convienne à la fois aux deux camps, qui rejoigne à la fois les indépendantistes et les nationalistes.

Cette jonction, la CAQ ne peut la réaliser.  Tout d’abord, parce que par dogmatisme, elle ne parle qu’aux nationalistes et elle n’est pas prête à porter la voix des indépendantistes.  La CAQ demande essentiellement aux indépendantistes de renoncer à leur projet et cela n’arrivera pas.  Ensuite, parce que sans pouvoir de négociation et dénuée de rapport de force, la CAQ ne sera jamais capable de forcer le gouvernement canadien à présenter une offre aux Québécois. Les nationalistes le réaliseront, d’autant que le Parti québécois leur offrira une alternative. L’approche de la CAQ étant vouée à l’échec, il est clair que ce parti ne peut réaliser la nécessaire jonction.

Le Parti québécois peut, lui, réaliser cette jonction. Il peut amener les indépendantistes et les nationalistes à se regrouper derrière lui dans l’obtention d’un mandat anti statu quo, qui mettrait un terme au monopole libéral et qui réglerait la question nationale une fois pour toute. Ce mandat anti statu quo obtenu du peuple stipulerait qu’un gouvernement du Parti Québécois s’engagerait à tenir, 3 ans après l’élection, une consultation populaire dans le cadre de laquelle les Québécois auraient à choisir entre l’indépendance et une nouvelle offre constitutionnelle du Canada. Donner un tel mandat au Parti québécois, ce serait l’assurance de sortir du néant constitutionnel et de justement mettre fin au statu quo, tout en étant assuré d’améliorer la situation actuelle.

Dans ce contexte, nous croyons que prochain chef du Parti Québécois doit écarter l’approche du référendum classique, mais miser plutôt sur une consultation populaire qui prendrait acte du désir de changement des citoyens. Ainsi, tout en demeurant entièrement fidèle à nos convictions indépendantistes, et en développant notre projet de pays pour le rendre concret afin qu’il réponde aux préoccupations des Québécois, le nouveau chef devrait aussi reconnaître la légitimité d’un Canada renouvelé. Il faut s'engager à améliorer la situation actuelle, coûte que coûte.

Pour amener le gouvernement canadien et le reste du Canada à faire une offre concrète aux Québécois, le gouvernement du Parti québécois nommera un négociateur crédible et croyant au fédéralisme renouvelé, doté de moyens adéquats et d’une équipe, qui mènera les démarches auprès d’Ottawa et des autres provinces.  Un délai de 3 ans sera donné au Canada pour formuler une proposition formelle. Cette proposition sera soumise de bonne foi à la population québécoise dans le cadre de la consultation populaire, côte à côte avec notre option politique, l’indépendance du Québec.

Dans le cadre de cette démarche, le gouvernement du Parti québécois mettra en place un Secrétariat à l'indépendance et un Secrétariat au fédéralisme renouvelé, tous les deux dotés des moyens suffisants et identiques pour mener à bien les travaux requis sur chacune des options.  Le Secrétariat au fédéralisme renouvelé sera dirigé par le négociateur responsable des démarches auprès d’Ottawa et des autres provinces. Ces éléments de notre démarche sont nécessaires, car sa crédibilité repose sur le fait de donner une véritable chance aux deux options. Or, donner une vraie chance aux deux options, c’est ce qui permet de rassembler les camps indépendantiste et nationaliste.

Cela dit, bien qu’il reconnaîtra une légitimité au Canada réformé, le Parti québécois devra être clair sur le fait qu'il priorisera toujours l’indépendance et travaillera sans relâche pour que ce soit cette option qui soit choisie par les Québécois au terme de la consultation populaire sur l’avenir du Québec. Par ailleurs, notre projet d'indépendance devra être développé et présenté à la population dans les prochaines années et jusqu’au moment de la consultation populaire, comme le proposent actuellement plusieurs candidats à la chefferie.  Ajoutons que la démarche de convergence des forces indépendantistes en cours est parfaitement compatible et cohérente avec la démarche que nous proposons.  En effet, une convergence réussie permettrait au camp des indépendantistes de se présenter en rangs serrés et organisés lors de la consultation populaire prévue dans notre démarche. Enfin, c’est une évidence, en plus de la question nationale, il faudra aussi que le Parti québécois présente des solutions rassembleuses et concrètes répondant aux nombreuses préoccupations des Québécois en matière économique, de santé, d’éducation, d’environnement, ou d’identité.

Les fédéralistes n’ont, dans le passé, jamais été contraints aux changements promis. Il est plus que temps de renverser cela. Le fardeau de la preuve doit reposer sur les fédéralistes autant que sur les indépendantistes. Dans la démarche que nous proposons ici, au moment de la consultation, les discussions auront déjà eu lieu, le résultat des négociations sera déjà connu, et les Québécois choisiront en connaissance de cause.

Ce sera donc la proposition du Canada contre celle d’un Québec indépendant.

Nous n’avons aucun doute que le projet indépendantiste, projet de l’ambition et de la liberté, sera le plus porteur. Et si la proposition canadienne ne vient pas, les Québécois sauront à quoi s’en tenir.

Ce sera alors le statu quo ou l’indépendance.

Nicolas Marceau, député de Rousseau
Catherine Fournier, co-instigatrice et ex-candidate du Bloc Québécois dans Montarville
Mireille Jean, députée de Chicoutimi
Louis Lyonnais, co-instigateur et membre de l’exécutif du Parti Québécois de Bourget
Alain Therrien, député de Sanguinet

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